Intercontrat et TACE

TACE : la formule, les pièges et les benchmarks à connaître

La formule du TACE (taux d'activité congés exclus), les erreurs de calcul qui le faussent, et comment se comparer sans chiffre de marché inventé.

Kamel Msaoubi, fondateur de SpiribasePublié le 7 min de lecture

Le TACE est l'indicateur que les dirigeants d'ESN regardent le plus et celui dont la définition varie le plus d'une structure à l'autre. Deux ESN qui annoncent le même TACE peuvent avoir des niveaux d'intercontrat très différents, simplement parce qu'elles ne mettent pas la même chose au dénominateur. Cet article fixe la formule, liste les pièges qui la faussent, et explique comment se comparer sans recourir à un chiffre de marché que personne ne peut vérifier.

Ce que mesure le TACE

TACE signifie taux d'activité congés exclus. C'est un taux d'occupation — la part du temps disponible qui a été facturée — calculé sur une base qui retire les absences légitimes : congés payés, RTT, jours fériés, arrêts maladie. L'idée est simple : un consultant en congé n'aurait pas pu être vendu, donc son absence ne doit pas peser sur la lecture de l'activité.

Le TACE se distingue ainsi du taux d'occupation brut, qui rapporte les jours facturés à l'ensemble des jours ouvrés. Le brut chute chaque été et chaque fin d'année ; le TACE reste comparable d'un mois à l'autre. C'est la raison pour laquelle il est devenu l'indicateur de pilotage courant, y compris dans la communication financière des ESN cotées, qui publient un taux d'activité ou d'utilisation dans leurs documents d'enregistrement universels. Ces documents sont publics ; ce sont eux, et non des moyennes reprises de seconde main, qu'il faut consulter si l'on veut un point de comparaison daté et sourcé.

La formule

Pour une période et un périmètre donnés :

TACE = jours facturés ÷ (jours ouvrés − congés payés − RTT − jours fériés − absences)

Trois précisions rendent la formule applicable.

Les jours facturés sont ceux qui figurent sur des comptes rendus d'activité validés par le client, ou qui le seront. Un jour travaillé mais non facturable — une reprise d'anomalie offerte, un dépassement absorbé — n'entre pas au numérateur. Il est utile de le suivre à part, sous un autre nom.

Les jours ouvrés sont ceux du calendrier de l'entreprise, pas du calendrier civil. Une ESN qui ferme entre Noël et le jour de l'an n'a pas de jours ouvrés cette semaine-là.

Les absences comprennent les congés payés, les RTT, les jours fériés chômés, les arrêts maladie, les congés exceptionnels. Elles ne comprennent ni la formation ni l'avant-vente : ce temps était disponible à la vente, l'entreprise a choisi de l'employer autrement. Il reste au dénominateur et n'apparaît pas au numérateur, ce qui fait baisser le TACE — et c'est voulu.

Les pièges qui faussent le TACE

Compter la formation en absence

C'est le piège le plus courant, et il flatte le taux. Si la formation sort du dénominateur, un consultant sur le banc envoyé en formation améliore le TACE sans qu'aucun jour n'ait été vendu. La formation doit rester dans le temps disponible ; c'est le seul moyen de voir ce qu'elle coûte, et donc de la décider en connaissance de cause.

Mélanger les périmètres

Un TACE calculé sur les seuls consultants en mission n'est pas un TACE : c'est une tautologie proche de 100 %. Le périmètre doit inclure tout l'effectif productif, y compris les consultants sur le banc et les nouvelles recrues dès leur premier jour ouvré. À l'inverse, les fonctions support, les commerciaux et les managers sans production facturable n'y figurent pas — sauf pour la part de leur temps qui est facturée, si elle l'est.

Confondre facturé et facturable

Un jour de régie à un TJM convenu est facturé. Un jour passé sur un forfait ne l'est pas au sens strict : il consomme une enveloppe. Pour les activités au forfait, le TACE se calcule sur les jours imputés au projet, ce qui mesure l'occupation, mais ne dit rien de la rentabilité — un forfait peut être totalement occupé et perdre de l'argent. Les deux indicateurs se lisent ensemble.

Lisser sur un trimestre ce qui se dégrade sur un mois

Un TACE trimestriel masque un mois de banc entre deux mois pleins. Le mois est la bonne maille pour piloter ; le trimestre pour communiquer.

Oublier les temps partiels et les entrées-sorties

Un consultant à 80 % a un dénominateur réduit de 20 %. Un consultant arrivé le 15 n'a que la moitié du mois au dénominateur. Un outil de staffing gère ces cas ; un tableur les oublie une fois sur deux.

Se comparer sans inventer de chiffre

Il circule, dans les présentations et sur les réseaux, des « TACE moyens du marché » rarement accompagnés d'une source. Nous ne les reprenons pas ici : un chiffre sans méthode ni périmètre ne permet aucune comparaison. Trois approches valent mieux.

Se comparer à soi-même. Le TACE du mois contre le même mois de l'année précédente, sur le même périmètre, est la comparaison la plus fiable dont vous disposiez. Elle neutralise votre propre saisonnalité et vos particularités de calcul.

Lire les documents publics. Les ESN cotées publient un taux d'activité, souvent avec sa définition en note, dans leur document d'enregistrement universel. Ce sont des structures de plusieurs milliers de consultants ; leur taux n'est pas un objectif pour une ESN de quarante personnes, mais la définition qu'elles emploient est une référence utile pour vérifier la vôtre.

Raisonner par paliers, en hypothèse. Plutôt qu'un benchmark, un raisonnement : sur un effectif de 40 consultants et 21 jours ouvrés, chaque point de TACE représente environ 8 jours facturés dans le mois. Multipliez par votre TJM moyen, et vous avez ce que vaut un point de TACE dans votre structure. C'est ce chiffre-là, et non une moyenne sectorielle, qui doit décider de vos efforts. Le calculateur du coût de l'intercontrat le fait à partir de vos données.

Ce que le TACE ne dit pas

Un TACE élevé n'est pas la preuve d'une ESN en bonne santé. Il peut cacher des TJM en baisse, des missions prolongées faute de mieux, des consultants qu'on n'ose pas sortir d'une mission qui ne les fait plus progresser. Il ne dit rien du renouvellement du vivier, ni de la capacité à répondre à une nouvelle demande. Trois indicateurs se lisent avec lui : le TJM moyen, le délai moyen de réponse à une demande de prestation, et le nombre de profils du vivier réellement disponibles à trente jours — celui-là suppose que le vivier soit tenu à jour, ce qu'une CVthèque qui relance et qualifie fait mieux qu'un dossier partagé.

Pour la mécanique complète — définition, coût, leviers, rituel de pilotage — l'article Intercontrat : le calculer, le réduire, le piloter prend la suite de celui-ci. Et si vos comptes rendus d'activité et vos absences vivent dans BoondManager, le connecteur les rapproche du vivier sans ressaisie.

FAQ

Le TACE et le taux d'occupation, est-ce la même chose ?

Non. Le taux d'occupation brut rapporte les jours facturés à tous les jours ouvrés ; le TACE retire les congés, RTT, jours fériés et absences du dénominateur. Sur un mois sans absence, les deux sont égaux ; sur un mois d'août, le TACE est nettement plus élevé que le brut, et c'est lui qui reste comparable au reste de l'année.

La formation compte-t-elle dans le TACE ?

Elle reste au dénominateur et n'entre pas au numérateur : elle fait donc baisser le TACE. C'est volontaire. La retirer du dénominateur, comme on retire les congés, ferait monter le taux sans qu'aucun jour n'ait été vendu, et masquerait ce que la formation coûte réellement.

Existe-t-il un TACE de référence pour les ESN ?

Il n'existe pas de chiffre de marché vérifiable pour toutes les tailles d'ESN. Les groupes cotés publient leur taux d'activité, avec sa définition, dans leurs documents d'enregistrement universels ; c'est la seule source publique et datée. Pour une ESN de taille intermédiaire, la comparaison la plus utile est celle de son propre TACE, mois par mois, avec l'année précédente.

Et dans votre ESN ?

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